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Légalisation du cannabis et risques : Leçons tirées du Canada

Près de trois ans après que le Canada est devenu la première grande économie nord-américaine à légaliser le cannabis à toutes les fins, les prévisions initiales d’une ruée vers l’adoption de la légalisation ne se sont pas encore concrétisées.[1] Au lieu de cela, l’industrie naissante du cannabis, qui comprend, entre autres, les producteurs, les distributeurs et les détaillants, a dû composer avec un ensemble de règlements disparates, de risques imprévus et de problèmes de croissance, dont un grand nombre ont été aggravés par la pandémie de COVID-19.

L’expérience canadienne peut offrir des leçons utiles sur certaines des expositions aux risques critiques et sur les défis que posent une industrie du cannabis émergente.

 

Financement

Le manque d’accès aux capitaux s’est révélé être un obstacle de taille à l’entrée de nouvelles entreprises canadiennes de cannabis. Aux États-Unis, la loi fédérale interdit aux banques affiliées aux États-Unis d’accorder un prêt aux entreprises de cannabis au Canada et à l’étranger, éliminant ainsi une source de financement essentielle pour les entreprises de cannabis canadiennes.[2] Les marchés de l’assurance ont en grande partie résisté à l’idée d’offrir une couverture au secteur relativement immature, et en conséquence, de nombreuses grandes entreprises de cannabis ont constitué des captives en tant qu’instruments de couverture non traditionnels.

 

Culture

La culture du cannabis est essentiellement une activité agricole; la couverture des risques requise pour la culture du cannabis est quelque peu semblable à celle de toute autre exploitation en serre. Toutefois, la nature de la culture expose également les producteurs à une surveillance et à une réglementation supplémentaires, ainsi qu’à des risques supplémentaires découlant d’activités intensives à l’intérieur. Par exemple, les producteurs de cannabis aux États-Unis et au Canada sont tenus par la loi de mettre en œuvre des mesures de sécurité rigoureuses et souvent coûteuses, qui peuvent comprendre une surveillance vidéo sophistiquée, le contrôle d’accès aux immeubles et aux sites de culture et des protocoles de tenue de dossiers stricts.[3]

 

Traitement

Le contrôle de la qualité et l’exactitude du dosage demeurent les principaux défis pour les producteurs de cannabis. Comparativement aux substances comme l’alcool et le tabac, la science permettant d’extraire et de mesurer la quantité exacte de THC dans un produit du cannabis est encore imparfaite.[4] Certains consommateurs canadiens se sont également plaints de la qualité inégale du cannabis légal, qui peut être attribuable au fait que les producteurs peaufinent encore les techniques requises pour produire du cannabis en grandes quantités.[5]

 

Distribution

Pour que les produits du cannabis se retrouvent sur les étagères, les producteurs et les distributeurs doivent composer avec de multiples règlements provinciaux. Au Canada, chaque province a conservé l’autonomie nécessaire pour déterminer comment le cannabis est acheté et vendu sur son territoire, ce qui a donné lieu à un ensemble disparate de politiques sujettes à de fréquents changements, ainsi qu’à des inefficiences structurelles qui ont compliqué inutilement le secteur. Le déploiement initial a varié considérablement d’une province à l’autre, certains limitant les ventes de cannabis à une poignée de magasins d’alcool gouvernementaux et d’autres octroyant des licences illimitées à des dispensaires privés.[6]

 

Vente au détail

La demande des consommateurs pour le cannabis légal a été plus faible que prévu en raison d’un certain nombre de facteurs. Le cannabis légal fait souvent concurrence à un marché noir prospère, et la réglementation fédérale canadienne permet aux particuliers de cultiver légalement du cannabis dans leur cour.[7] Le gouvernement a également imposé de vastes restrictions sur la façon dont les entreprises peuvent commercialiser et annoncer les produits du cannabis, y compris l’interdiction d’allégations en matière de santé, de témoignages et de tout emballage ou étiquetage qui pourrait attirer les jeunes.[8] Bien que la légalisation du cannabis se soit faite rapidement, la vente et la consommation de cannabis soulèvent encore des préoccupations morales et des stéréotypes.

 

Consommation

Les avantages et les risques à long terme du cannabis pour la santé, en particulier pour les grands consommateurs et les jeunes, demeurent non résolus.[9] La légalisation au Canada a créé un besoin essentiel et une occasion claire de mener d’autres recherches scientifiques sur le sujet, dont les résultats joueront un rôle important dans l’avenir de l’industrie légale du cannabis. Les risques à long terme liés à la responsabilité des produits, en raison de la couverture fondée sur les réclamations actuelles, incombent uniquement aux fabricants.


 

Toutes ces ressources sont en anglais :

[1] “After ‘Green Rush,’ Canada’s Legal Pot Suppliers Are Stumbling,” New York Times

[2] “U.S. pot sellers stash cash as banks leave them high and dry,” Reuters

[3] “Physical Security Measures for Cannabis: Requirements under Part 4 of the Cannabis Regulations,” Government of Canada

[4] “Faulty THC dosages turning up in legal cannabis: Health Canada,” Calgary Herald

[5] “Stoners cheered when Canada legalised cannabis. How did it go so wrong?” Guardian

[6] “After ‘Green Rush,’ Canada’s Legal Pot Suppliers Are Stumbling,” New York Times

[7] “The legal stuff is garbage’: Why Canada’s cannabis black market is thriving,” Guardian

[8] “The Cannabis Act and Cannabis Regulations – Promotion prohibitions,” Government of Canada

[9] “Weighing the dangers of cannabis,” Nature